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Le blog-notes de Radio Notre-Dame

Le blog-notes de Radio Notre Dame

Le blog-notes du 9 novembre 2015 – À propos de Seul sur Mars (À 03:17 sur le site de Radio Notre-Dame en réécoute).

Louis Daufresne : Et c’est à un film que vous vous intéressez ce matin, Seul sur Mars avec Matt Damon, un phénomène qui frise les 200 millions de dollars en cinq semaines, en tête du box-office aux États-Unis qui est 2e en France.

Hélène Bodenez : Oui, un blockbuster comme on dit, de 2h21, adapté d’un roman à succès. J’ai d’abord dû chercher une salle qui n’impose pas la 3D que je n’aime pas du tout. À Montparnasse, sur les trois salles qui diffusaient Seul sur Mars, il y en eut heureusement une, la grande salle UGC, qui ne sacrifiait pas à la 3D. En pleine semaine, cette énorme salle était comble.

L.D. : Une équipe d’astronautes en pleine sortie de travail sur la Planète rouge essuie subitement une tempête et l’un d’entre eux, Mark Watney, est laissé pour mort. L’expédition est obligée de repartir sans lui alors qu’il n’est pas mort, seulement blessé. C’est un peu cela le début de l’intrigue

H.B. : Oui et il faut le sauver. Si le titre nous avait d’emblée annoncer une sorte de Seul au monde bis remotivant l’histoire aussi mythique que plastique de Robinson Crusoé, le héros de Seul sur Mars pourrait presque siffloter après Lucky Luke “I am a poor lonesome cowboy”. La situation est tragique mais pas désespérée. En tout cas du point de vue du héros. Sur terre, c’est une autre paire de manches et le spectateur est partagé entre l’angoisse de la NASA et l’espérance qui se dégage de la force de Mark Watney sur Mars qui accepte même la mort si elle devait advenir puisque la mission pour laquelle il est embarqué est, dit-il, plus grande que lui. L’image de Matt Damon engoncé dans son scaphandre, contemplant le paysage grandiose de Mars ayant tout de la « Vallée de la mort » californienne tout imprégnée d’une lumière orange rejoignait mon imaginaire de western.

L.D. : Beaucoup de critiques ont salué le film

H.B. : Oui : certes quelques voix s’élèvent çà et là pour ne pas comprendre un tel engouement mais Sir Ridley Scott, le réalisateur du célèbre Blade Runner, a manifestement séduit par son efficacité et sa légèreté. Les mièvreries de la conclusion ou la positivité à tout crin du héros n’empêchent pas qu’on se laisse emporter par ce botaniste qui défie les lois hostiles de Mars, cultivant son potager bio, se riant de la musique disco, organisant sa survie dans une bonne humeur et un cran édifiants. Pas beaucoup de doutes ne l’habitent, même si l’on perçoit dans le regard et la maigreur finale une tristesse lourde. Il n’y a qu’un film américain pour qu’on ait droit également à un soliloque sans complexes face à un crucifix.

L.D. : Mais c’ est un film crédible ?

H.B. : Des articles sont en effet sortis pour démonter une à une les invraisemblances, il y en a. Mais retenons que le film, c’est d’abord un questionnement sur l’humain, le courage et la solidarité. Alors tarte à la crème ? Pas si sûr ! Une sorte d’ovni rafraîchissant dans le paysage cinématographique français trop souvent violent et à la limite du porno.