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Le blog-notes de Radio Notre-Dame

Radio Notre Dame

Le blog-notes du 15 octobre 2015 – Les chrétiens, alliés de leurs propres fossoyeurs ? (À 03:09 sur le site de Radio Notre-Dame en réécoute).

Louis Daufresne : Des milliers de mécontents samedi à Paris contre la réforme du collège, mais Najat Vallaud-Belkacem l’a dit « elle a été adoptée, elle sera appliquée ». La réforme se prépare d’ailleurs, dans des réunions de spécialistes, y compris dans l’enseignement catholique. C’est ce qui a retenu votre attention ce matin et aussi ce qui suscite votre incompréhension…

Hélène Bodenez : Najat Vallaud-Belkacem a bien essayé d’éteindre la mèche faisant croire à de simples « malentendus ». C’était mal connaître les professeurs qui précisément entendent. Est-il besoin de rappeler qu’entendre est un vieux mot qui signifie comprendre ? Alors faire croire que les enseignants n’ont rien compris, c’était leur agiter un chiffon rouge sous le nez. Ils n’ont au contraire que trop bien compris ce qui leur arrive : le torpillage organisé de leur discipline à commencer par les disciplines de base dont les horaires vont encore fondre. C’est parfaitement expliqué sur un site en ligne « La réforme en clair ». En réalité, il n’y a aucune réforme, il n’y a que reconduite toujours des mêmes erreurs. La suppression du Capes de lettres classiques en a été comme un triste sommet. La peau de chagrin des lettres classiques se réduit aujourd’hui à une option des lettres modernes ! On aura tout vu… À se demander si toutes ces réformes calamiteuses ne sont pas d’un fait exprès pour pousser à la mort du système et faire advenir un enseignement privé lucratif à l’anglo-saxonne. Parfois je me le demande vraiment.

Mais plus chagrinant, la part que l’enseignement catholique prend au soutien de cette réforme que je juge dangereuse et le mot est faible. Je repense à cette phrase de Milan Kundera à propos d’un de ses personnages qu’il décrit « allié de ses propres fossoyeurs »…

L.D. : De quoi s’agit-il ?

H.B. : Rappelons à ce stade l’analyse de Laurent Lafforgue stigmatisant les élucubrations pédagogistes qui ont modelé l’actuelle éducation nationale. Elles venaient, dit-il, d’un christianisme de gauche ! Je ne sais s’il a raison ou tort. Force est de constater encore aujourd’hui le concours de l’Enseignement catholique qui persiste dans son aval de la réforme, jugeant intéressant ce qui pourtant fâche : l’interdisciplinarité, l’évaluation par compétences, et la charte de la laïcité au cœur des projets d’établissement ! Si le secrétaire général de l’enseignement catholique ne parle pas de « malentendus » comme Najat Vallaud Belkacem mais « d’amalgames », de « confusions », la stratégie de com’ est au fond la même, des contrefeux allumés qui irrationnalisent les opposants en faisant croire qu’ils n’auraient rien compris.

L.D. : Alors nous serions donc, estimez-vous « les alliés de nos propres fossoyeurs »

H.B. : L’image est certes un peu forte, elle est un petit peu vous savez, Louis, comme dans ces films de gangsters où celui qui va être tué creuse sa tombe. Eh, bien nous en sommes là avec la réforme. Je dirais au passage que c’est d’ailleurs un peu la même chose concernant un autre sujet chaud, celui du travail le dimanche et de nuit. Le pape a eu un tweet samedi : “Le travail est important, mais aussi le repos. Apprenons à respecter le temps du repos, surtout celui du dimanche”. Eh, bien, regardez qui signe chez Sephora le travail de nuit croyant que les compensations doubles ou le raccompagnement en taxi des salariés vont durer : la CFTC ! Hélas, les chrétiens sont parfois les alliés de leurs propres fossoyeurs !