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Laïcité française : Guillebaud et Tincq s’insurgent

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     Passionnante émission que celle diffusée sur KTO et intitulée « Les prises de parole dans l’espace public » ! Henri Tincq [1], Jean-Claude Guillebaud et Laurence Masurel, trois journalistes spécialistes des informations politiques et religieuses, étaient les invités de la télévision catholique. Nos trois experts, écrivains également, intervenaient lors des « Mardis des Bernardins » et ont cherché à analyser les évolutions d’un environnement médiatique qui s’emballe, son « immensité informationnelle », le « tohu-bohu » qu’il révèle, regrettant que soit brouillée la frontière entre l’information et la rumeur, que la prime soit donnée à la rapidité, stigmatisant « la chasse au scoop ». Un excellent débat vraiment autour de ce « sixième continent », avec sa « télévision attrape-tout », reine de « médias réducteurs et manipulateurs ».

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Revue de presse : M. Auffret-Péricone “Le dimanche de Timothée de Fombelle”

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Le dimanche ? une journée qui me fait grandir.

Pour l’auteur de « Tobie Lolness » et de « Vango », ce jour est une parenthèse, un sas de décompression qu’il ne pourrait remplacer par aucun autre…

 

Le dimanche est pour moi un jour très particulier. Je pense que je ne serais pas le même sans mes dimanches. Ma vie a pris sa dimension et sa poésie par cette rupture qui a coupé et rythmé mon enfance. Encore aujourd’hui, cette journée est un sas de décompression qui me fait grandir. Parfois le reste de la semaine on a tendance à oublier qu’on est en vie. Le dimanche permet de le mémoriser dans sa chair.

Le thème de la mémoire est important pour moi. Lorsque j’étais enfant, nous avons vécu dans différents pays, en Afrique. Ces quelques années ont été des parenthèses. Mes souvenirs sont bâtis autour de ces courtes périodes. Entre les deux, c’est une sorte de marais. Des choses existent, mais elles ne sont pas cristallisées. Alors que ces moments-là, passés au Maroc ou en Côte d’Ivoire, constituent l’architecture de mon enfance. J’ai l’impression que le même phénomène se produit avec ces temps d’arrêt que sont les dimanches.

Le chanteur Renaud, dont je suis fan, raconte très bien dans un de ses textes comment le soir tombe le dimanche, comme s’il tombait sur l’enfance. Ce moment où l’on se met à rêver que le lendemain, on va se réveiller avec une rougeole… Il parle aussi de cette lumière bien particulière du dimanche. 

 

« Un jour à part, lié à des souvenirs d’enfance, de départ à la messe » 

 

Quand j’étais petit, en fin d’après-midi, à l’heure où l’on commence à sentir l’odeur de la trousse et de la colle blanche de l’école, mes parents nous emmenaient parfois, tous les cinq, voir le soleil se coucher sur la forêt de Fontainebleau. On croyait qu’elle était finie, et non, la journée continuait ! C’était comme un rab de dimanche. On partait à contre-courant des retours du week-end, on mangeait, assis sur les rochers, des cailles rôties emballées dans du papier d’aluminium, et on rentrait très tard. C’était le summum du bonheur !

Ces derniers mois, j’ai beaucoup voyagé pour accompagner la sortie de mes livres Vango  et Tobie Lolness  dans différents pays et pour participer à des salons littéraires. J’ai terminé cette tournée un dimanche matin près de Venise. Mon avion du retour partait le soir, et j’ai passé cette dernière journée à me promener dans la ville, de cloches en carillons. J’aime le bruit des cloches. Il est souvent présent dans mes livres.

Cependant, la plupart du temps, je me débrouille pour être chez moi le dimanche. C’est un jour où je ne travaille pas. D’ailleurs les bibliothèques où j’aime écrire – la bibliothèque Mazarine par exemple – sont fermées… Cela ne veut pas dire que je fais des choses passionnantes, mais je ne pourrais pas remplacer le dimanche par un autre jour ! 

Le jour précédent, le samedi, est éventuellement un moment pour ralentir. Mais c’est comme une session de rattrapage de tout ce qu’on n’a pas fait pendant la semaine. Le dimanche, lui, est un jour à part. Il est lié à des souvenirs d’enfance, de départ à la messe, de déjeuner, de retrouvailles familiales. Il y a bien sûr la dimension religieuse. Je suis catholique et la messe est un moment important pour moi. 

 

« Le dimanche, par bonheur, le temps ne compte pas » 

 

Durant mon enfance, nous allions à l’église Saint-Germain-des-Prés, près de la rue Jacob où nous habitions. Dans mon roman Vango , j’ai d’ailleurs choisi de faire vivre au même endroit la mère d’un de mes personnages, le commissaire Boulard. Je retourne souvent à Saint-Germain, mais aujourd’hui je suis davantage “sans clocher fixe”, paroissien itinérant. 

Je vais aussi à l’église de la Madeleine, proche de chez moi. Ou encore à Saint-Pierre de Montmartre, dans le quartier où j’ai habité quelques années lorsque j’étais étudiant. C’est une petite église, étrangement calme, là-haut, malgré les touristes aux alentours. Avec ma femme et ma fille de 7 ans, nous y montons à pied. C’est un pèlerinage urbain…

Le dimanche est aussi l’occasion, quand la maison dort encore, de moments de tête-à-tête avec ma fille Jeanne qui est comme moi très matinale. Elle m’oblige à éteindre la radio et nous prenons un petit déjeuner sans fin. 

Ces temps à deux comptent beaucoup. Ensuite, je vais parfois au marché du boulevard Richard-Lenoir, comme le faisait mon père, chez le poissonnier Lorenzo. On cuisine beaucoup et longuement. Parfois, cela dure jusqu’au soir, parce que le dimanche, par bonheur, le temps ne compte pas. »

 

RECUEILLI PAR MARIE AUFFRET-PERICONE  

30/3/12 – 16 H 00 mis à jour le 30/3/12 – 17 H 00

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Biographie 

1973. Naissance à Paris.

1992. Création d’une troupe de théâtre étudiante.

2003. Je danse toujours, pièce de théâtre, parue chez Actes Sud, est lue au Festival d’Avignon et au Théâtre du Rond-Point à Paris.

2004. Naissance de Jeanne, sa fille.

2006. Publication de Tobie Lolness  chez Gallimard jeunesse. Aujourd’hui, ce roman est traduit en 29 langues, et vendu en France à plus de 260 000 exemplaires.

2010. Publication du premier tome de Vango  chez Gallimard jeunesse.

2011. Publication du deuxième tome de Vango.

 

 

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Revue de presse : Guilhem Dargnies “Touche pas à mon dimanche !”

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SOCIÉTÉ

Touche pas à mon dimanche !

 

Si les deux principaux prétendants à la présidence se sont montrés favorables à l’extension du travail du dimanche, ses opposants ne baissent pas les bras. En témoigne, le 4 mars dernier, la première Journée européenne de défense du repos dominical.

 Les magasins doivent-ils ouvrir le dimanche? Surtout pas, répond le collectif des Amis du Dimanche, organisateur, le 4 mars, de la première Journée européenne de défense du repos dominical. Encore timide cette année, ce mouvement pourrait fédérer « un million de personnes en France »  dans sa deuxième édition en 2013, espère son président Jean Dionnot. Lequel s’était fait connaître il y a quelques années lors de la polémique sur la suppression du lundi de Pentecôte. Le collectif revendique en effet le soutien d’une large majorité des députés de gauche, d’une centaine de parlementaires de droite, mais aussi de nombre d’organisations cultuelles, culturelles, sportives, syndicales. Sans compter l’aval des petits commerces que l’ouverture dominicale des grandes surfaces menace de disparition.

 À quelques semaines des élections, le combat peut paraître difficile à gagner. Le 17 février, Nicolas Sarkozy promettait en effet de « poursuivre les assouplissements » visant à favoriser les ouvertures dominicales. Même musique qu’en 2007, qui aboutit alors à la loi Maillé: depuis 2009, certains commerces comme les pharmacies, les fleuristes et les boutiques de souvenirs sont autorisés à ouvrir le dimanche toute l’année. Tous les autres magasins peuvent ouvrir cinq dimanches par an, sur autorisation préfectorale, tandis que certains périmètres spécifiques dédiés au tourisme bénéficient d’une certaine souplesse.

 De son côté, François Hollande s’est engagé à  « ouvrir des négociations ». Selon le candidat PS, il faut trouver « un équilibre entre les droits des salariés» et une nécessaire adaptation des commerçants face à «de nouvelles formes de concurrence ». Des positions contredites notamment par François Bayrou: « Je trouverais scandaleux qu’une partie de la population n’ait plus le droit à ce repos du dimanche établi depuis des siècles », s’est-il exclamé le 18 février. Sur ce point, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen le rejoignent, cette dernière évoquant à ce sujet les effets d’un « totalitarisme mondialisé ».

 Le modèle outre-Rhin pourrait-il inspirer l’Élysée ? 

 Pourquoi le clivage gauche/droite ne fonctionne-t-il pas vraiment sur cette question ? «Transcendant les partis, deux visions de l’homme s’affrontent », explique Hélène Bodenez, auteur du livre À Dieu le dimanche ! (1) « Un regard “objectif” sur le travail n’accorde d’importance qu’à la seule efficacité de la production, sans égard pour la personne qui travaille. D’où la nécessité d’un regard “subjectif” pour rétablir ce déséquilibre. » Avec en creux, toujours, la question du sens que nous donnons au repos, notamment dominical: « Le dimanche est fait pour se retrouver en famille et faire du bénévolat ! Et pour les catholiques, c’est du temps consacré à Dieu. Les Allemands l’ont bien compris puisqu’ils protègent le repos dominical jusque dans leur Constitution ».

 Le modèle outre-Rhin, souvent adulé, pourrait-il davantage inspirer les candidats à l’Élysée sur ce point ?

 

•Guilhem Dargnies  

 

(1) Éditions Grégoriennes, juin 2010,

www.famillechretienne.fr

Famille Chrétienne n°1782 du 10 au 16 mars 2012 (p.38)


Oui au repos dominical ! Lp

Retrouvez tout le dossier “Oui au repos dominical !” ici

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Revue de presse : Alain Rémond “Le monde est leur marelle”

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Ce qui rend heureux, quand on marche dans la rue, ce sont les enfants, c’est de voir les enfants. La rue est pleine de gens pressés, qui marchent sans rien voir, sans rien regarder. Des gens importants, avec la tête de gens importants s’occupant de choses importantes. Ou bien des gens fatigués, avec la tête de gens qui ont plein de soucis, plein de problèmes, qui n’arrivent plus à s’en sortir. Des gens qui n’ont pas le temps, qui font juste gaffe aux vélos, aux rollers, aux voitures, pour aller on ne sait où, occupés à faire on ne sait quoi. Et puis il y a le bruit, les voitures, les bus, les scooters, les Klaxon, les sirènes des pompiers, des policiers, des ambulanciers, tout ce bruit qui nous tue les oreilles, qui nous mange la tête. Et les trottoirs encombrés de sacs-poubelle, de cartons, de matelas, de meubles en morceaux, tout ce sans-gêne des gens qui se débarrassent de ce qui les embarrasse en le jetant à la rue, tant pis pour les passants. La rue est un combat. 

Heureusement, il y a les enfants.  Ils marchent la tête pleine de rêves, pleine de jeux, pleine d’histoires. Ils marchent en dansant, en faisant des pas de danse. Ou ils galopent comme des chevaux sauvages, car ils sont vraiment, dans leur tête, dans leur corps, à cet instant précis, des chevaux sauvages. Ils sautent à cloche-pied, le monde est leur marelle. Ils jouent à éviter, selon un rituel mystérieux, tel bout de trottoir, tel rectangle de pavé, avec le plus grand sérieux.  

Car ce qu’ils évitent, ce sont des gouffres, des abîmes, des précipices. Ou bien les oubliettes d’un château maléfique. Ils ont cet âge béni entre tous où l’on croit dur comme fer aux jeux que l’on invente, où l’on peut dire « On serait des cow-boys et des Indiens » et on l’est instantanément, par un coup de baguette magique. Chaque jour, je les vois escalader un petit muret surmonté d’une grille, ils s’accrochent à la grille et marchent le long du muret, en regardant le vide au-dessous d’eux (60 cm, au moins) comme s’ils franchissaient un torrent furieux sur une passerelle de lianes. Leurs mamans sont pressées, elles disent « Ne monte pas là-dessus, on n’a pas que ça à faire », mais les enfants montent sur le muret, s’accrochent à la grille et vont jusqu’au bout, affrontant tous les dangers en avalant leur salive, comme si leur vie était en jeu. Depuis des années, je vois des enfants monter sur ce muret, chaque génération passant le relais à la suivante, comme si c’était un rite d’initiation connu d’eux seuls, transmis secrètement, mystérieusement. Et je ne me lasse pas de regarder ces explorateurs bravant le danger, pleins de courage, fiers et heureux comme des héros quand ils sautent sur le trottoir, au bout de la terrible épreuve. Ils nous donnent le courage de croire à nos propres rêves.

J’aime les voir chantonner, les plus petits ânonnant les comptines apprises à l’école maternelle, les plus grands reprenant un refrain à la mode, juste pour le plaisir, juste pour le bonheur de chanter, sans s’occuper des gens sérieux qui marchent à toute vitesse. J’aime entendre leurs discussions, au retour de l’école. Comme cette petite fille lançant à la cantonade, toute fière : « Moi, quand je serai grande, j’aurai un appareil dentaire ! » (Et je me souviens qu’au même âge je disais, dans la cour de l’école : « Moi, quand je serai grand, j’aurai des lunettes »…) Ce monde est si grave, si sérieux, il se prend tellement au sérieux, les enfants sont l’antidote à tout ce qui pèse sur nos vies, à tout ce qui bouche notre horizon. Ils sont comme un viatique pour affronter la vie, une perfusion de grâce, une leçon de légèreté. Je ne me lasse pas de regarder les bébés, dans leurs poussettes ultramodernes, absorbés par le spectacle de leurs mains qui bougent à volonté, miracle sans cesse recommencé. J’aime les enfants quand ils s’arrêtent d’un seul coup, occupés à regarder, toutes affaires cessantes, une feuille poussée par le vent et leur maman leur dit : « Dépêche-toi, on est pressés », mais rien n’est plus important au monde que cette feuille poussée par le vent.

Voilà à quoi je pense, en cette campagne électorale, la tête occupée par les titres des journaux, les derniers sondages, les échos, les petites phrases, les manœuvres, les polémiques. Je me dis que nous sommes censés choisir le monde dans lequel nous voulons vivre. Quelle société, quelle vision de l’homme, quels espoirs, plus ou moins raisonnables. Je doute que tous ceux qui imaginent ce monde et qui se battent comme des chiffonniers pensent beaucoup aux enfants, aux rêves des enfants. C’est pourtant dans ce monde-là qu’ils vont vivre, ces enfants qui sautent à cloche-pied, qui dansent sur le trottoir, qui chantonnent des comptines. Bientôt (bien trop vite) viendra l’âge où l’on perd, d’un seul coup, le secret du jeu, où l’on ne croit plus à la parole magique « On serait des cow-boys et des Indiens », où le monde se fera dur et où ce sera si dur de se faire sa place. C’est pour eux, c’est pour les enfants que nous sommes censés choisir le monde que nous voulons.

Alors il faudrait écouter leurs chansons, leurs petites histoires, les rêves qu’ils se murmurent à eux-mêmes, il faudrait les regarder escalader le muret et s’accrocher à la grille, il faudrait ne jamais oublier l’enfant que nous étions, voilà tellement longtemps. Et qui frappe à notre porte en disant, de sa voix d’enfant : « Dis, tu te souviens de tes rêves ? »   A.R.

 

Paru dans Marianne, n°780, semaine du 31 mars au 6 avril 2012, rubrique “FAUT VOIR”, p.138.  Alain Rémond a écrit, entre autres, Chaque jour est un adieu (Le Seuil, 2000). Il écrit une chronique hebdomadaire pour le journal Marianne, une chronique quotidienne pour La Croix.