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Entente parlementaire : Élizabeth Montfort entendue

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Compte-rendu de la réunion de l’Entente Parlementaire pour la Famille

Mardi 18 décembre

 

La première partie de la réunion a été consacrée à l’audition de deux intervenants :

 

Élizabeth MONTFORT, ancien député européen, spécialiste du gender, qui a expliqué l’influence de l’action conjuguée de la révolution de la biotechnologie et de la théorie du genre sur le projet de loi homosexuel (livret vert questions/réponses sur le gender envoyé la semaine dernière à chaque Parlementaire et document ci-joint).

 

Geoffroy de VRIES, Avocat à la Cour, qui a présenté un power point avec arguments de fond et éléments de langage sur le projet de loi.

 

La deuxième partie a longuement traité de l’organisation de la manifestation du 13 janvier, de la mobilisation à poursuivre dans les circonscriptions lors des différentes cérémonies de vœux, de la présentation des amendements et de l’organisation des débats.

 

 Prière de bien vouloir noter que la discussion du projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, en Commission des Affaires sociales et en Commission des Lois, débutera dès le retour des vacances de Noël, les 14 et 15 janvier.

 

 

Comment la question du mariage pour les couples de personnes de même sexe s’est-elle imposée dans nos sociétés occidentales ?

Le 18 décembre, Entente parlementaire

 

Comme le rappelle l’exposé des motifs du projet de loi, nous n’avons jamais eu besoin de spécifier que le mariage est l’union d’un homme et d’une femme tant cela relève de l’évidence. Si bien qu’un grand nombre de nos concitoyens se demandent comment la question du mariage pour des couples de personnes de même sexe a pu se poser dans nos sociétés occidentales.

 

Deux révolutions dans des domaines différents mais complémentaires ont marqué la fin du XXème siècle :

      la révolution biotechnologique et les progrès incontestables de la PMA.

La biotechnique peut répondre aux demandes des individus.

      la révolution anthropologique à partir de la théorie du gender sur

l’interchangeabilité des rôles et des fonctions et sur l’indifférenciation des sexes, au nom de l’égalité. Le concept de genre a préparé les esprits à un nouveau paradigme subrepticement, silencieusement, mais efficacement.

 

 

I- Le concept de genre

 

Plus qu’un mot, le concept de genre est l’instrument d’une révolution anthropologique et culturelle de nos sociétés en quête d’identité. Sociétés où la raison et la liberté ne s’appuient pas sur la réalité des êtres et des choses, mais sur les désirs. Le concept de genre, dans son sens subversif, est le révélateur d’une société qui refuse le réel comme limite à ses désirs.

 

Le féminisme américain va s’approprier la notion de genre pour étudier le rôle social des femmes dans la société et dans l‘histoire : les woman’s studies. Puis, plus généralement pour étudier les rapports sociaux entre les hommes et les femmes, et enfin l’ouvrir aux réalités LGBT. Ainsi sont nées les études de genre.

 

Le sens usuel de genre consiste à désigner le comportement et la manière d’être de l’homme ou de la femme en lien avec son sexe biologique. En ce sens, l’identité sexuelle est l’appropriation psychologique de son corps sexué.

 

L’américaine Judith Butler va introduire un sens subversif au mot genre : le genre est la perception subjective que l’individu a de lui-même, sans lien avec son sexe biologique. Ce genre suffirait à définir l’identité sexuelle, non plus comme homme ou femme mais en termes d’homosexuel ou d’hétérosexuel.

 

« Les genres dépendraient de la diversité des conduites sexuelles sans rapport avec la distinction homme et femme[1] ».

 

Dans son livre « Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion[2] » Judith Butler tente d’élaborer une politique féministe qui ne soit pas fondée sur l’identité féminine. Son objectif est de sortir du schéma homme/femme et de rejeter « l’hétérosexualité obligatoire », comme survivance de ce schéma. Elle propose de déconstruire toutes les normes symboliques et fonctionnelles renvoyant à la complémentarité des sexes et ainsi repenser l’organisation sociale, non plus sur le mode de l’altérité homme/femme, mais  selon les modèles homosexuel et hétérosexuel. Ainsi, sera respectée l’égalité des individus, quel que soit leur choix de vie, et indépendamment de toute la réalité de l’être humain, homme ou femme.

 

 

II- Les buts recherchés par les théoriciens du genre

 

1- Répondre à la quête d’égalité entre les individus

  

L’égalité de l’homme et de la femme n’est pas la priorité des féministes du genre. Cependant, enracinées dans les mouvements féministes radicaux, elles n’hésitent pas à utiliser les critiques de la société patriarcale pour appuyer leurs revendications.

 

Enfermer  la femme et l’homme dans leur identité de femme ou d’homme, revient à maintenir les causes d’inégalité en raison de la domination de l’homme sur la femme et de la tyrannie de la majorité : l’hétérosexualité. Au fond, elles n’arrivent pas à penser ensemble « égalité et différence » car la différence est signe de hiérarchie.

 

Puisque le corps sexué est objectivement différent chez l’homme et chez la femme, elles l’ignorent et mettent en avant le genre choisi par l’individu. Les individus seront égaux lorsque l’indifférenciation entre les sexes sera une réalité : on pourra enfin atteindre l’égalité réelle.

 

Par réaction aux actes et aux paroles homophobes, elles déplacent l’égalité sur les réalités LGBT par rapport aux hétérosexuels. Les droits de ceux-ci doivent être étendus aux LGBT.

 

2- Se libérer des contraintes de la nature

 

Les féministes du genre veulent sortir du naturalisme, c’est-à-dire du réductionnisme naturel et biologique dans lequel les femmes ont été enfermées par les sociétés occidentales. Comme on les comprend ! N’oublions pas que depuis le siècle des Lumières et jusqu’à la deuxième moitié du XXème siècle, les femmes ont été réduites à la fonction biologique de reproduction.

 

Pour les féministes du genre, la différence sexuelle déterminée par la nature est à l’origine des oppressions et empêche l’égalité. Pour sortir de l’oppression, elles proposent de s’affranchir de la nature pour s’affranchir des différences. C’est dans ce but qu’elles dissocient sexe et genre. On choisit son genre, on ne choisit pas son sexe biologique.

 

Le corps sexué et le sexe biologique sont des contraintes qui figent l’homme et la femme dans leur identité d’homme et de femme. C’est ce qu’elles appellent les stéréotypes.

 

Claude Lévi-Strauss, analysant les régimes tyranniques, nous aide à comprendre ce qui se joue dans nos sociétés postmodernes :

 

« On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite, alors qu’elle est faite d’habitudes, d’usages, et que, en broyant ceux-ci sous la meule de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l’état d’atomes interchangeables et anonymes. La  liberté véritable ne peut avoir qu’un contenu concret[3] ».

 

3- S’autodéterminer : la volonté désincarnée


Nous voyons bien la question : Le genre seul peut-il définir l’individu ? Le corps seul peut-il définir l’individu ? De la réponse dépend le rôle et la place de chacun dans la société et dans la famille. Pour tenter de répondre à la question les féministes du genre entrent dans un jeu de déconstruction/reconstruction qui permettra à chacun de s’identifier comme individu « genré » : déconstruction par rapport à la nature, reconstruction selon sa seule volonté.

 

Le droit suprême, c’est le droit à être moi : « Je suis ce que je veux être ». Sexe et genre entrent en conflit comme deux composantes de la personne : le moi psychologique doté d’une identité de genre et le corps sexué, doté d’une identité de sexe. 

 

III- Les conséquences pour notre société

 

La théorie du genre met en place une culture de dissociation. Judith Butler propose de déconstruire toutes les normes symboliques et fonctionnelles renvoyant à l’altérité et à la complémentarité des sexes. La nouvelle société doit s’organiser à partir des « hétérosexuels » et des « homosexuels » en lieu et place de l’homme et de la femme. C’est précisément le point de rupture anthropologique avec nos références sociales et familiales. L’homme et la femme ne sont plus les sujets de droits. Ils sont remplacés par l’homosexuel et l’hétérosexuel.

 

1- La dissociation de la culture avec la nature

 

a) La conception positiviste de la nature

Une conception positiviste de la nature empêche de voir la personne dans tout son être, dans sa totalité unifiée. D’où une conception fonctionnaliste de la société : les individus sont réduits à des fonctions ou à un rôle social.

 

Par exemple, la fonction de parents est considérée du point de vue de la fonction éducative, voire affective, et non dans son sens réel et symbolique de  l’engendrement, comme père et mère. Or être parent c’est un état avant d’être une fonction. Et seul l’homme et la femme peuvent engendrer ensemble comme père ET mère. Les féministes du genre rejettent cette conception de la parenté comme survivance de l’altérité.  

 

b) L’indifférenciation des fonctions

Tout ce qui enferme l’homme et la femme dans des fonctions spécifiques sont appelé « stéréotype ». Pour lutter contre les stéréotypes, les féministes du genre admettent l’interchangeabilité des rôles de la mère et du père et l’indifférenciation des fonctions maternelles et paternelles, notamment  dans l’éducation des enfants. Evidemment on ne peut que se réjouir de l’implication des pères auprès de leurs enfants, mais est-ce que les pères exercent ou non leur paternité comme pères dans toute leur richesse et leur spécificité ?

 

c) L’indifférenciation des sexes

Pour atteindre l’égalité des individus, elles revendiquent l’indifférenciation des sexes. Plus besoin de désigner les parents comme père et mère, mais comme « parent » indifférencié et neutre. Plus besoin d’appeler les conjoints mari et femme, mais comme « époux » indifférencié et neutre.

 

Ainsi « parents » et « époux » asexués deviennent les nouveaux acteurs du mariage et de la filiation. C’est le sens des propos de Sylviane Agacinski dans une tribune du quotidien Le Monde, en juin 2007 :

 

« On ne semble pas remarquer que la revendication du « mariage homosexuel » ou de « l’homoparentalité » n’a pu se formuler qu’à partir de la construction ou de la fiction de sujets de droits qui n’ont jamais existé : les « hétérosexuels ». C’est en posant comme une donnée réelle cette classe illusoire de sujets que la question de l’égalité des droits entre « homosexuels et hétérosexuels » a pu se poser. Il s’agit cependant d’une fiction, car ce n’est pas la sexualité des individus qui a jamais fondé le mariage, ni la parenté, mais d’abord le sexe, c’est-à-dire, la distinction anthropologique des hommes et des femmes[4]. »

 

2- La dissociation de la volonté avec le réel


Cette double indifférenciation permet aux individus de s’autodéterminer comme « époux » et comme « parent » alors que la réalité les en empêche. La fonction sociale serait retenue pour « faire parents » car elle donne l’illusion d’un choix hors des contraintes du corps et de l‘altérité sexuelle. Mais elle ne peut être satisfaite qu’à condition de contourner la nature : d’où la revendication pour les couples de personnes de même sexe d’avoir accès à la PMA pour les femmes et à la GPA pour les hommes.

 

La volonté déconnectée de la réalité du corps sexué permet aux individus d’affranchir leurs désirs des limites du réel. La filiation ne serait plus fondée sur l’engendrement par un homme ET une femme, mais sur le projet parental quel que soit les circonstances et les choix de vie.

 

Il est intéressant de se reporter aux débats parlementaires lors des révisions des lois de bioéthique adoptées en juin 2011. Il s’agissait de savoir qui pouvait avoir recours à la PMA. Finalement la loi a retenu les couples homme/femme mariés ou justifiant de deux ans de vie commune et pour des raisons exclusivement médicales.

 

Nous avons bien chez l’un des parents, celui qui n’a pas donné ses gamètes, une filiation intentionnelle et sociale. Cependant cette filiation a été retenue car elle se réalise en référence avec la filiation biologique. Nous savons bien que la filiation ne peut pas être exclusivement biologique, mais en référence à la biologie. Si bien que les deux parents ont une parenté vraisemblable : ils auraient pu engendrer l’enfant ensemble.

 

Dans le projet de loi et par la voie des amendements, seule la volonté d’être parents pourrait justifier d’être reconnus comme « parents » sans référence à la biologie, puisque la relation de personnes de même sexe est stérile. C’est ce que nous pouvons appeler une filiation fictive ou invraisemblable. L’Association des Parents Gais et Lesbiens (APGL) est très claire :

 

« Nous souhaitons baser le droit de la filiation sur l’éthique de la responsabilité, en valorisant l’établissement volontaire de la filiation et en fondant celle-ci sur un engagement irrévocable…Un parent n’est pas nécessairement celui qui donne la vie, il est celui qui s’engage par un acte volontaire et irrévocable à être le parent ».

 

 

Conclusion

 

Le projet de loi n’est pas un texte minimaliste ou une actualisation du Code civil en matière de mariage et de filiation. Pour la première fois, des critères subjectifs seraient retenus comme fondements de la réforme du droit de la famille : reconnaissance d’un sentiment amoureux pour le mariage et volonté d’être parent, indépendamment des possibilités de l’être jusqu’à revendiquer la présomption de parentalité, pour la filiation. Si ce projet était adopté, il entérinerait une révolution anthropologique sans précédent. Plus qu’un débat démocratique ou politique, il s’agit bien d’un enjeu de civilisation. Il n’est pas certain que les Français en soient bien conscients.

 

Élizabeth Montfort

Ancien député européen

Présidente de l’Association Nouveau Féminisme Européen

 

Proposition

 

Retirer des prises de parole et des textes, l’expression « couples hétérosexuels » pour la remplacer par « couples homme/femme ». Cela permettrait de sortir du piège de l’analogie « couples homosexuels » et « couples hétérosexuels » à partir desquels peut se poser la question de l’égalité des droits.

 


[1] « Femme entre sexe et genre » de Sylviane Agacinski, le Seuil, juillet 2012.

[2]  « Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion » (Édition La Découverte, Paris, 2005)

[3]  Claude Levvi-Strauss, entretien avec Didier Eribon, De près et de loin, Éd Odile Jacob. 1988. 

[4]  Le Monde 22 juin 2007

 

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Élizabeth Montfort est l’auteur  du Genre démasqué, aux Éd. Peuple Libre.