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Élections 2017 : étonnements de campagne

élections 2017

Carte blanche du 10 avril 2017 – Étonnements de campagne

Louis Daufresne : Cette campagne ne ressemble à aucune autre. C’est ce que vous nous dites, ce matin en votre blog et votre chronique. Hier, dimanche, les Rameaux n’ont pas ralenti la campagne. Accélérations même de la cadence avec les meetings de ces derniers jours.

H.B. : Des étonnements même. Beaucoup de commentateurs le disent : cette campagne électorale de 2017 ne ressemble à aucune autre et a réservé de nombreuses surprises. Parmi tant et tant retenons-en trois. La première concernant Emmanuel Macron et sa sortie à propos de l’ouverture des bibliothèques le dimanche. J’ai du mal à comprendre pourquoi la question est revenue et sur France culture le 27 janvier et ensuite au théâtre de Bobino le 7 février puisque la Loi Macron le leur permet. Devant l’auditoire acquis des helpers d’En Marche, ironique, Emmanuel Macron lance à Bobino : « Il y a une forme de paternalisme odieux qui dit aux gens ce qui est bon pour eux. Ouvrir les bibliothèques le dimanche, c’est une idée odieuse. Parce que le dimanche tout le monde sait : On reste chez soi, à manger la blanquette de veau en famille. Et donc les vrais petits bourgeois sont là… Ces gens-là ne portent pas de progrès social. Ce sont des immobiles. » Louis Manaranche a publié pour le Figaro vox une analyse fine de cette séquence emblématique. La réponse à Jean-Luc Mélenchon qui s’inquiète de l’extension du travail dominical n’est en rien argumentée. Railleuse, elle rabaisse. Mais n’est pas Jacques Brel qui veut quand on stigmatise « ces gens-là ». La mention de la blanquette de veau tombe mal ne correspondant en rien à un plat de fête. Le sarcasme malgré tout  touche sa cible, un auditoire déculturé, nourri au Mac Do ou aux restos branchés. Ça rit grassement.

L. D. : Autre surprise ?

H.B. : Oui le rameau d’olivier de Mélenchon porté lyriquement hier à Marseille, enseigne de son discours consacré à la paix. Engagé à 200% dans sa phase de légitimation et d’assouplissement, le leader de « La France insoumise » a voulu cultiver une dimension quasi mystique avec la minute de silence demandée pour les migrants disparus en mer, avec des gestes de bras en croix. Puis ce fut une fin de discours appelant ses « frères » et « sœurs » à se donner la main. On a senti un peu de flottement parmi les milliers de militants. Mais le tribun n’en reste pas là, et en messie, promet le 18 avril dans un multi-meeting rien moins que des bilocations… Oui, il sera présent en six endroits à la fois grâce à des hologrammes. Magie de la technique !

L. D. : Troisième surprise ?

H. B. : Pas une surprise en réalité, un contentement. L’éloge à la culture française que François Fillon a fait vibrer au meeting de Strasbourg. « Il n’y a pas de culture française » avait lancé, on s’en souvient, Emmanuel Macron à Lyon recevant bientôt le soutien de François Bayrou. « Quel somnifère idéologique peut bien aveugler M. Macron lorsqu’il dit des choses pareilles ? » rétorque fièrement François Fillon qui ne croit pas « au génie apatride ». « C’est en étant le plus unique que l’on devient le plus universel ».

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Lire sur le site du Figaro : Emmanuel Macron contre le charme discret de la « petite bourgeoisie »

Lire sur le blog de François-Xavier Bellamy “La France qu’on oublie”

 

Revoir sur le site de CNEWS- “L’heure des Pros” du 6 avril 2017 (Avec François-Xavier Bellamy, Charlotte d’Ornellas, Frédéric Mitterrand, Yves Bigot.)